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Les visages d’AVENS

À l’occasion de la Journée mondiale de la schizophrénie, le 15 mars 2025, nous avons rencontré Bernard, résident du foyer FAM CARVI


Pourriez vous me parler de votre expérience avec la schizophrénie ?

 Mon expérience avec la schizophrénie a commencé vers 18 ans. J’avais du mal à comprendre ce qu’on m’enseignait à l’école. J’ai obtenu mon bac en deuxième tentative. Bien que très assidu, j’étais un mauvais élève, surtout en mathématiques. Je me suis inscrit à l’IUT de la Garde en première année, mais cela a été un échec. Cela m’a fait réaliser que j’avais des difficultés de concentration et de mémoire immédiate, notamment pour les données logiques. Ma structure mentale est riche en imaginaire, mais je ne me souviens pas avoir eu de délires ou entendu des voix.

L’apogée de ma maladie est survenue lorsque j’ai commencé à travailler. Le travail me faisait peur et j’avais l’impression de ne pas être productif, ce qui a entraîné des changements fréquents d’entreprise. J’ai fini par être intérimaire permanent avant de m’arrêter. À cette époque, je pesais 87 kg, buvais environ un litre de vin par jour et fumais 50 g de tabac par jour.

J’ai consulté un psychiatre qui m’a orienté vers un hôpital de jour où je suis resté pendant 10 ans. J’ai ensuite travaillé 13 ans dans un centre d’aide par le travail avant de prendre ma retraite en 2019. Aujourd’hui, je vis dans un FAM pour schizophrènes. Je ne bois plus et je fréquente un centre d’addictologie pour arrêter de fumer. Toutefois, je sais que mes jours sont comptés car je souffre d’une BPCO de niveau 4 et ai besoin d’un concentrateur d’oxygène.

Quelles sont les plus grandes difficultés que vous rencontrez dans votre vie quotidienne ?

 J’ai du mal à me lever le matin, ressentant un malaise respiratoire lorsque j’enlève ma VNI (Ventilation Non Invasive) et que je n’ai pas fait mes aérosols. Je pense souvent à la mort et je suis très angoissé. La matinée est le moment où je me sens le plus à l’aise physiquement (autrefois, je faisais de la gym dans ma chambre). Le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner sont des moments que j’apprécie, mais l’attente et les délires verbaux de certains résidents peuvent être difficiles. L’après-midi passe lentement et, avec patience, j’attends l’heure du dîner.

Le soir, avant de me coucher, je me sens angoissé en me demandant comment sera le lendemain. La nuit, je dors mais me réveille une à deux fois à cause de cauchemars, surtout depuis la perte de mon père il y a trois mois. De plus, je ressens beaucoup de stress et de malaise la veille de chaque rendez-vous médical, en particulier à cause de ma phobie d’arriver en retard. Je n’aime pas demander de l’aide, ni de l’argent.

Comment gérez vous ces défis au quotidien ?

Avant, je gérais mon stress en fumant environ 10 cigarettes par jour. Maintenant, je pratique la sophrologie et me concentre sur ma respiration. L’écriture me soulage également, mais l’inspiration n’est pas toujours là au bon moment. J’essaie de m’impliquer dans les différents ateliers proposés par le foyer. En plus, je sors de temps en temps quand le temps le permet, car le pneumologue m’a dit que c’était bon pour ma respiration.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux personnes qui ne connaissent pas la maladie?

 La schizophrénie touche environ 1 % de la population. Cependant, si dans votre entourage, certaines personnes présentent des problèmes de comportement ou des déficiences intellectuelles, il est préférable de consulter un psychiatre. De plus, la schizophrénie augmente les risques de suicide et d’addictions diverses.

Entretien recueilli par Carine F.